| Grenelle de l'environnement | |
| Voici le texte intégral du discours prononcé ce jeudi 25 octobre par le président de la République à la conclusion du Grenelle de l'environnement. |
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Mesdames et Messieurs, Ma première pensée va à tous ceux qui ont oeuvré pour la réussite de ce Grenelle de l'Environnement qui restera comme un moment important dans la prise de conscience par notre société qu'elle ne peut plus vivre dans le gaspillage, qu'elle ne peut plus négliger les conséquences sur l'avenir de la planète de sa façon de vivre, de produire, de consommer. Je veux saluer la présence parmi nous de José Manuel Barroso,
Président de la Commission Européenne, qui témoigne
ici de l'engagement de l'Europe pour le développement durable.
Je sais que grâce à lui nous pouvons compter sur le soutien
de la Commission pour mener à bien la révolution que nous
voulons entreprendre. Car c'est bien à une révolution que
nous invite ce Grenelle de l'Environnement qui achève aujourd'hui
ses travaux. Je veux saluer la présence parmi nous de Monsieur le Vice Président
Al Gore et de Madame Wangari Maathai, Prix Nobel de la Paix. Ils sont
de ceux qui incarnent cette révolution, qui l'ont voulue avant
tout le monde, qui ont annoncé sa nécessité avant
tout le monde, n'hésitant pas à braver le scepticisme, à
bousculer les préjugés, à s'attaquer aux conservatismes. La France n'a pas à rougir de ce qu'elle a fait jusqu'à présent. Nos émissions de gaz à effet de serre sont inférieures de 21 % par habitant par rapport à la moyenne européenne, et même de 30 à 40 % par rapport à nos grands voisins. La France est le 2ème producteur européen d'énergie renouvelable. Nous avons une richesse naturelle inestimable. Nous avons fait des efforts considérables ces derniers mois pour respecter nos engagements européens. Nous avons inscrit la charte de l'environnement dans notre Constitution. Et pourtant, nous ne sommes pas en capacité de relever le défi climatique. La France n'est pas en retard. Mais désormais elle veut être
en avance et elle veut être exemplaire. La France a plaidé
à l'ONU en faveur d'un New Deal économique et écologique
planétaire. Elle ne peut pas espérer que son appel sera
entendu si elle ne s'impose pas à elle-même l'exigence la
plus forte, si elle ne fait pas tout ce qu'elle peut pour devenir elle-même
un exemple. Le Grenelle, c'est la réflexion et la proposition partagées.
C'est un succès. Personne n'y croyait. Pourtant il a eu lieu. Il
est allé à son terme. Il a produit des conclusions concrètes. Le Grenelle est un événement sans précédent.
Tout le monde est resté jusqu'au bout à la table des négociations.
Des compromis ont été trouvés sur des sujets auparavant
tabous. Plus de 1500 propositions ont été présentées,
15 000 personnes ont participé aux forums et plus de 300 000 personnes
ont contribué sur Internet. Je veux que le Grenelle soit l'acte fondateur d'une nouvelle politique,
d'un New Deal écologique en France, en Europe, dans le monde. Cette nouvelle politique, c'est une politique d'adhésion. Nous l'avons prouvé avec le Grenelle. Il faut avoir le courage de décider autrement. Il faut avoir le courage de changer les méthodes et de préférer la décision issue de la négociation plutôt que la décision issue de l'administration. Il faut avoir le courage de reconnaître que le "dialogue à cinq" - le dialogue entre les syndicats, les entreprises, les ONG, les élus et l'administration - est un succès. Le Grenelle n'est pas une fin, c'est un commencement. Il faut confier
"aux cinq" le suivi de ce qui a été décidé
en commun. Nous allons constituer plusieurs groupes de travail, notamment
pour définir les actions concrètes dans le domaine du logement
et du transport. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie. Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur "coût en carbone". Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé. Deuxième principe : renverser la charge de la preuve. Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt. Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu'il n'était pas possible de faire autrement. Les décisions "non écologiques" devront être motivées et justifiées comme "dernier recours". Nous allons appliquer immédiatement ce principe à la politique des transports. Le Grenelle propose une rupture : je la fais mienne. La priorité ne sera plus au rattrapage routier mais au rattrapage des autres modes de transports. Nous allons aussi l'appliquer à la politique de gestion des déchets.
La priorité n'est plus au seul traitement des déchets mais
à leur prévention. Nous retiendrons toutes les propositions
qui permettent d'interdire ou de taxer les déchets inutiles comme
le "suremballage". La priorité ne sera plus à
l'incinération mais au recyclage des déchets. Il faudra
prouver pour tout nouveau projet d'incinérateur qu'il s'agit bien
de l'ultime recours. Il n'y aura plus de d'incinérateur sans contrôle
permanent et transparent des pollutions émises. Il n'y aura plus
de projet d'incinérateur sans que la destruction des déchets
ne serve à produire de l'énergie. Une nouvelle politique, c'est une politique de vérité La vérité, Wangari MAATHAI et le Vice-Président
Al GORE ont eu le courage de la proclamer : notre modèle de croissance
est condamné. Pire encore, le maintien de la paix dans le monde
est condamné si nous ne faisons rien. Il faut avoir le courage de dire que la hausse des prix des hydrocarbures sera permanente. Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des 100 000 substances chimiques commercialisées. Il faut avoir le courage de reconnaître que la France n'a pas toujours été exemplaire et ne l'est toujours pas dans trop de domaines. Les Français ont le droit de savoir. Ils ont le droit de connaître
la vérité sur les menaces d'aujourd'hui et de demain. Ils
ont le droit de se faire leur propre opinion. Cette politique de vérité est une politique de responsabilité.
Plus personne ne doit pouvoir dire qu'il ne savait pas. Nous sommes tous
comptables de nos actes. Je veux rouvrir le débat de la responsabilité. Celui qui pollue des rivières pendant des années, celui qui conçoit et vend un produit chimique, celui qui créé une nouvelle cellule génétique, celui-ci doit être comptable de ses actes même des années plus tard si un drame survient. Nous ferons sauter, avec l'Europe, les barrières juridiques pour aller chercher les pollueurs là où ils se trouvent. Il n'est pas admissible qu'une maison-mère ne soit pas tenue pour responsable des atteintes portées à l'environnement par ses filiales. Il n'est pas acceptable que le principe de la responsabilité limitée devienne un prétexte à une irresponsabilité illimitée. Quand on contrôle une filiale, on doit se sentir responsable des catastrophes écologiques qu'elle peut causer. Je veux revenir sur le dossier des OGM : la vérité est
que nous avons des doutes sur l'intérêt actuel des OGM pesticides
; la vérité est que nous avons des doutes sur le contrôle
de la dissémination des OGM ; la vérité est que nous
avons des doutes sur les bénéfices sanitaires et environnementaux
des OGM. La preuve de cette volonté : je m'engage à ce que la France transpose au Printemps 2008 la directive OGM. Le Grenelle pose de nouveaux principes pour encadrer la recherche et la culture des OGM. Je pense au principe de transparence. Je pense au droit à cultiver avec ou sans OGM. Je pense à l'obligation de prouver l'intérêt sanitaire et environnemental des OGM. Ces principes seront inscrits dans le projet de loi de transposition. Cette suspension de la culture commerciale des OGM pesticides ne signifie pas que nous devons condamner tous les OGM, et notamment les OGM d'avenir. Ils sont un immense espoir. Peut-être le seul pour nourrir la planète demain. Nous devons accélérer la recherche. Il faut sanctionner ceux qui détruisent des parcelles de recherche. Ce que nous proposons, c'est le retour de la démocratie : le débat, la transparence, la décision exclusivement pour des motifs d'intérêt général et non commercial, la responsabilité ; la contrepartie, c'est le retour de chacun dans le champ de la démocratie et de l'Etat de droit : le débat et la controverse, pas les abus et la violence. Je veux également revenir sur un sujet central du Grenelle : le
nucléaire. La vérité est qu'il est illusoire en France
de vouloir relever le défi du climat, notre premier défi,
sans l'énergie nucléaire. Aujourd'hui, nous n'avons pas
d'autre choix, sauf à renoncer à la croissance. Cette réalité,
je l'ai toujours défendue. De la même façon que nous avons le programme national nucléaire
a été lancé en 1974 pour réduire notre dépendance
énergétique, je veux engager un programme national des énergies
renouvelables, avec la même ambition. Je veux faire de la France
le leader des énergies renouvelables, au-delà de l'objectif
européen de 20 % de notre consommation d'énergie en 2020.
Dans le même esprit d'efficacité, le Gouvernement engagera avec Michel Barnier un grand plan pour l'autonomie énergétique des exploitations agricoles. Si nous faisons suffisamment pour améliorer l'efficacité
énergétique, si nous sommes suffisamment ambitieux pour
développer les énergies renouvelables, si nous ne renonçons
pas à l'énergie nucléaire, nous serons tous gagnants
: Une nouvelle politique de l'environnement, c'est une politique d'investissement Assimiler la politique écologique à un "retour en arrière" est une imposture. Les plus grandes pollutions s'observent au moins autant dans les pays riches que dans les pays pauvres. Les plus grands agresseurs du climat sont des pays riches et des pays pauvres. Et soyons réalistes. Il est peine perdue de tenter de convaincre les pays en développement et émergents qu'ils doivent rester durablement pauvres parce que la croissance leur serait interdite. Il est peine perdue de tenter de convaincre les Français qu'ils doivent vivre dans la pénurie pour le bien-être des générations futures. L'enjeu est d'investir massivement pour créer les conditions de la croissance de demain. L'enjeu est un grand programme national et même européen. L'enjeu est de s'inscrire dans un nouveau mode de développement, un développement durable. Monsieur le Vice-Président Al GORE, je reprends vos propos. C'est
bien un "plan Marshall" pour la France comme pour la planète
qu'il faut engager. Ce qui a été réussi en 1947 doit
réussir aujourd'hui. On me dit que cela coûte cher. Il faut
mettre en regard de la dépense ce qu'elle est susceptible de rapporter
ou de faire économiser. Sir Nicholas Stern a estimé l'investissement
nécessaire à 1 % du PIB. Le plan Marshall représentait
2 % du PIB. Il a rapporté infiniment plus en rendant possibles
les Trente Glorieuses. C'est une politique d'investissement massif que nous devons et que nous allons engager. Une politique d'investissement massif dans la recherche. Une politique d'investissement massif dans les transports. C'est une priorité et une urgence qui fait consensus depuis le
début du Grenelle. Je vous propose de retenir deux règles : nous allons améliorer progressivement la réglementation. Dès avant 2012, tous les bâtiments neufs construits en France répondront aux normes dites de "basse consommation" ; à l'échéance de 2020, tous les bâtiments neufs seront à énergie positive, c'est-à-dire qu'ils produiront plus d'énergie qu'ils en consomment. Pourquoi 2020 ? Parce que nous n'avons pas à ce jour les entreprises et la main d'oeuvre nécessaires. Mais l'enjeu majeur se situe dans les 30 millions de logements et de bâtiments anciens. Dans ces logements, le budget des familles s'évapore par les fenêtres et par le toit. Nous allons doubler le nombre de bâtiments anciens rénovés chaque année et porter à 400 000 par an le nombre de logements anciens rénovés. Je veux que ce programme commence par les 800 000 logements HLM les plus dégradés. Enfin, je retiens une règle simple pour tous les appareils ménagers, téléviseurs, chaînes haute fidélité et autres équipements qui sont à l'origine de l'explosion du budget énergie des ménages. Dès qu'une alternative existe à un prix raisonnable, les appareils les plus consommateurs d'énergie seront interdits. Nous le ferons dès 2010 pour les ampoules à incandescence ou les fenêtres à simple vitrage. Enfin, une politique d'investissement massif dans l'agriculture. Regardons les choses en face : les capacités de notre planète sont déjà très largement exploitées, et pourtant il y a 800 millions de personnes qui meurent de faim. D'ici à 2050, il y aura trois milliards d'êtres humains en plus. Or notre agriculture est au coeur des défis de la planète : le défi alimentaire, le défi environnemental et le défi énergétique. Nous avons une nouvelle ambition une ambition pour une agriculture plus durable. Et cela ne peut pas passer par l'épuisement des sols ou l'utilisation croissante des produits chimiques dangereux. Ce message, je le porterai dès le début de la présidence française de l'Union européenne, c'est-à-dire au second semestre 2008, à l'occasion d'un grand débat d'orientation sur les principes fondateurs de la politique agricole commune de 2013. Les débats du Grenelle ont montré que de grands progrès
sont possibles pour développer une agriculture et une pêche
de haute qualité environnementale. L'Etat sera le précurseur de ces grands chantiers. Dès 2008, tous les ministères et demain toutes les administrations
feront leur bilan carbone et engageront un plan pour améliorer
de 20 % leur efficacité énergétique. Je le répète : ce grand programme n'est pas une dépense sans contrepartie, c'est un investissement qui rapportera. C'est l'investissement le plus rentable que nous pouvons faire aujourd'hui. Pour le seul secteur du bâtiment, nous allons créer plus
de 100 000 emplois et de nouvelles filières de formation, avant
2012. D'ailleurs, les grandes entreprises françaises ont bien compris
les enjeux de cette révolution verte. Nous sommes dans bien des
domaines les leaders mondiaux. Je pense à l'eau, au transport,
à la gestion des déchets, à la construction. Les
entreprises ont fait leur propre Grenelle. Elles ont tenu à être
présentes aujourd'hui. Une nouvelle politique, c'est une politique d'incitation Le Grenelle a été un formidable révélateur. Les Français attendent une grande ambition écologique. Naturellement, il y a encore des suspicions. Le principal défi que nous devons relever n'est plus de convaincre. Notre principal défi est que l'écologie reste compliquée et chère, voire inaccessible. Nous ne ferons pas accepter cette nouvelle ambition écologique par la contrainte. Personne ne doit se sentir injustement pénalisé par les mesures écologiques que nous déciderons. Sinon, nous échouerons. Aussi, je vous propose de créer un droit à l'alternative pour tous. Les décisions environnementales ne doivent laisser personne face à un mur ou dans une situation insoutenable. Si interdire l'accès d'un centre ville aux voitures empêche quelqu'un d'aller travailler, la collectivité doit lui proposer une solution de transport alternative. On m'oppose que cette politique coûte cher et qu'il faut créer
une nouvelle fiscalité pour la financer. Il faut aussi cesser de concevoir la fiscalité écologique comme un instrument pour financer les dépenses supplémentaires de l'Etat. Les prélèvements du Grenelle iront au financement du Grenelle.
Pour être incité à changer de comportement, on n'a
rien trouvé de mieux que le système des prix. Aujourd'hui,
les prix ne reflètent pas la réalité des pollutions
et des raretés. Vous proposez l'étiquetage des produits
de consommation courante pour indiquer leur coût en carbone. C'est
un premier pas. Le Grenelle a également conclu à la nécessité
d'étudier la création d'une taxe "climat-énergie",
c'est-à-dire une taxe sur les énergies fossiles. La fiscalité écologique n'a de sens que si elle permet
de modifier les comportements. Elle n'a de sens que si elle favorise de
nouveaux modes de production, de nouvelles innovations. Elle n'a pas de
sens si elle sanctionne injustement nos concitoyens et inutilement nos
entreprises. Je suis d'accord pour aller plus loin dans la réflexion. La fiscalité
écologique ne doit pas se résumer à une compilation
de petites taxes, rarement incitatives et souvent injustes. Il faut une
profonde révision de tous nos impôts et taxes. L'objectif
est de taxer plus les pollutions, notamment les énergies fossiles,
et de taxer moins le travail. Une nouvelle démocratie, c'est une démocratie irréprochable C'est une démocratie irréprochable pour nos enfants. Le développement durable ne peut pas être une politique de court terme et de mesures ponctuelles. Les politiques environnementales doivent déterminer leurs objectifs en 2020 et en 2050. Et je souhaite que le Parlement soit le garant de cet engagement national. Les politiques environnementales, tout particulièrement les politiques climatiques et de biodiversité, seront soumises à un contrôle annuel du Parlement. Le développement durable ne peut plus être une politique
qui ignore la biodiversité. Gérer la nature n'est pas un
luxe de pays riche. C'est une exigence pour la survie des hommes. Une politique de développement durable ne peut plus être une politique qui ignore l'enjeu de santé environnementale. Nos enfants sont exposés à des pollutions dont nous ne connaissons pas les effets à long terme. Les asthmes et les allergies explosent. Les cancers des enfants touchent de plus en plus de famille. Nous avons des incertitudes. Il faut les assumer. Nous allons multiplier par cinq les crédits consacrés à la veille environnementale. La priorité doit être donnée aux plus fragiles. Toutes les familles dont les enfants souffrent de pathologies environnementales lourdes bénéficieront de la visite d'un expert pour analyser la pollution dans leur habitation. Avant cinq ans, tous les logements dégradés à proximité des aéroports seront insonorisés. Il n'est pas admissible qu'il existe encore des cas de saturnisme. Je demande un plan en urgence d'éradication du saturnisme. Enfin, il est impératif d'adopter une nouvelle loi sur l'air. La précédente loi est dépassée. Il est également grand temps de prendre au sérieux l'usage
croissant de produits pesticides, dont les agriculteurs sont les premières
victimes. Une nouvelle démocratie, c'est une démocratie irréprochable
à l'égard des Français Le développement durable est une politique de responsabilité.
La nouvelle démocratie n'est pas une démocratie où
les responsables politiques se cacheraient systématiquement derrière
des groupes de réflexion ou de participation. Une nouvelle démocratie
n'est pas une démocratie où l'administration décide
à la place du politique. Il faut au contraire respecter le principe
du vote. C'est au politique d'assumer ses responsabilités et de
décider de l'avenir de la Nation. Dans le même esprit, je veux donner plus de libertés aux
collectivités locales pour décider de leur propre politique
environnementale. Il appartiendra, par exemple, aux collectivités
de librement décider de créer des péages urbains
...Et celles qui voudraient aller plus loin pourront demander une loi
d'expérimentation. Une nouvelle démocratie, c'est une démocratie irréprochable face à l'expert Il faut assumer l'incertitude dans laquelle nous vivons. Il faut assumer
le risque. La science n'a pas de réponse sur le niveau de risque
pertinent. Ce niveau est un choix de la société. Pour autant,
je constate que l'expert est trop souvent absent ou contesté. Cette nouvelle politique, c'est une politique européenne et internationale Ce "New Deal" écologique, la France ne le portera pas seule. Elle doit le porter avec l'Europe. Nous avons été trop longtemps absents ou en retrait. La France sera, dorénavant, à la tête de la politique environnementale européenne, avec la Commission et le Parlement européens qui sont les moteurs de cette politique. Toutes les initiatives de la Commission pour accroître les normes, nous les soutiendrons. Et je pense aux normes d'émission des véhicules. Il faut la norme la plus exigeante pour tous. Les propositions de la Commission européenne pour l'énergie et le climat seront stratégiques pour l'avenir de l'Europe. Je souhaite que les travaux soient accélérés. Il faut que nous parvenions à définir notre politique sous la Présidence française, au plus tard. C'est impératif pour engager sérieusement les négociations internationales sur le climat et les conclure avant 2009. L'Europe a toujours eu un temps d'avance. Elle a créé le "marché du carbone" pour contraindre les grandes entreprises à limiter leurs pollutions. La France n'a pas été parfaitement exemplaire et ambitieuse sur ce point. Je veux aujourd'hui nous replacer à la tête de ce combat. Monsieur le Président BARROSO, je soutiendrai vos propositions les plus ambitieuses. Je demanderai que les quotas soient fixés par secteur et non par Etat afin d'éviter les luttes d'influence. Je demanderai que les droits à polluer soient attribués aux enchères, jusqu'à 100 % si le secteur le permet. Dans le même temps, je demanderai que l'Union européenne se dote d'une véritable politique de lutte contre le dumping environnemental. Nous devons imposer aux producteurs en dehors de nos frontières le respect de nos exigences. Et je pense à la taxe carbone comme à l'obligation de contrôler l'impact des substances chimiques commercialisées en Europe. Cette exigence, je veux la porter devant la communauté internationale.
Nous avons su créer l'Organisation mondiale du commerce pour lutter
contre le dumping commercial. Nous avions alors fondé notre modèle
de développement sur le commerce. Le développement de demain
sera écologique. Il faut engager les travaux pour lutter réellement
contre le dumping environnemental. Le défi écologique nous impose l'humilité. Le défi écologique nous impose des devoirs. Devoirs face à l'Afrique qui sera la première victime des changements climatiques. Devoirs face aux pays émergents qui n'ont pas à payer nos erreurs. Devoirs face à nos propres enfants qui n'ont pas à payer pour notre égoïsme. Le temps de l'action est venu. Nous avons trop attendu. Nous ne pouvons plus attendre. Nous ne changerons pas le monde à nous seuls. Nous ne sauverons pas la planète par nos seuls efforts. Mais cela ne doit pas être une raison pour que nous ne fassions rien. Cela ne doit pas être une raison pour fuir nos responsabilités. Car notre responsabilité est d'abord morale. Car notre responsabilité, ce n'est pas d'attendre que tous les autres soient d'accord pour agir. Notre responsabilité, c'est de convaincre. Notre responsabilité, c'est de donner l'exemple. Notre responsabilité, c'est de montrer que nous sommes capables de mettre nos actes en rapport avec nos paroles, d'accomplir pour nous-mêmes ce que nous demandons aux autres d'accomplir pour eux. Je ne crois pas à la responsabilité collective. La responsabilité
est toujours individuelle. Je ne crois pas que l'on puisse s'exonérer
de ses propres fautes au nom des fautes des autres. Nous le ferons au nom du sentiment et au nom de la raison. Je vous remercie. |
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